Pierre Mirabaud, l’ancien président, à l’âge de 77 ans, de l’Association des banquiers de Suisse, s’est avoué coupable de blanchiment d’argent et de paiements illégaux systematisés liés à une relation de plus d’une décennie avec l’Institution publique pour la sécurité sociale du Koweït (PIFSS).
Le Tribunal fédéral pénal de Bellinzona a programmé un procès sommaire pour le 8 septembre, afin de vérifier le respect des formalités et d'évaluer la pertinence de la peine-demandée par les procureurs. La poursuite a demandé une peine de 24 mois de prison assortie de mise à l'épreuve, invoquant l'absence récente d'activités professionnelles de Roman Mirabaud, son état de santé dégradé et sa coopération avec les autorités, notamment sa participation proactive dans un règlement global avec l'autorité de sécurité sociale du Koweït.
Entre mai 2000 et mars 2012, Mirabaud aurait accordé à Fahad Al-Rajaan, ancien directeur général du PIFSS, des rabais non autorisés représentant 82,33 millions de francs suisses. En contrepartie, Al-Rajaan a dirigé les actifs du PIFSS vers la banque privée de Mirabaud, à Genève, où les soldes atteignaient environ 595 millions de dollars à la fin 2012. Ces fonds ont été investis dans des fonds gérés, générant des revenus substantiels pour la banque, dont une partie a été distribuée aux partenaires.
Les procureurs affirment que les transactions ont été structurées à travers plusieurs entités et comptes pour brouiller l'origine et la traçabilité des commissions illégales. Un canal clé était l'entité Silvery Bay, qui a réorienté les paiements vers le compte d'un avocat basé à Genève dans la banque Rothschild, selon l'acte d'accusation. Les accusations de blanchiment d'argent concernent 122 transferts d'une valeur de près de 77 millions de francs, destinés à dissimuler la provenance des pourboires.
Le poids apporté par la position de Mirabaud sur le paysage financier suisse contribue à faire pencher la balance. Durant ses neuf ans à la tête de l’Association des banquiers suisses, de 2003 à 2009, il est devenu connu sous le nom de « Monsieur Pierre », en raison de son style flamboyant, dont une moustache inspirée de Salvador Dalí et des costumes colorés.
Cette enquête s'inscrit dans le cadre de l’enquête plus large « Orient Express » lancée par les procureurs fédéraux suisses en 2021, qui a également touché d’autres personnalités. Yves Mirabaud, neveu de Pierre et ancien associé directeur général de la banque privée, faisait face à des accusations séparées de blanchiment d’argent qui ont conclu en mai par une peine sommaire.
Le Koweït a intenté des actions en justice à l'encontre d'Al-Rajaan et de ses associés au niveau international. Des procédures civiles aux États-Unis et au Royaume-Uni alléguaient qu'il avait reçu 969 millions de dollars en commissions, bien que Al-Rajaan soit mort à Londres en 2022. D'autres institutions financières, notamment EFG, UBP, Pictet et Man Group, ont également fait l'objet d'un examen dans le cadre des affaires liées au FIFSS.
L'équipe juridique de Mirabaud a indiqué que son client prendrait la parole devant le tribunal pendant la procédure. Le groupe Mirabaud a confirmé ne pas être partie aux procédures intentées contre des anciens associés et a refusé de commenter davantage.













