Je regarde l'indice du dollar évoluer autour de 99,15 ces derniers jours, et la stabilité me paraît presque trop stricte. Tous les regards sont fixés sur Jackson Hole, où le président de la Fed, Jerome Powell, présentera les perspectives de la banque centrale en matière de croissance et d'inflation. Sur un marché agité au cours du mois dernier, l'absence de mouvement indique que les traders gagnent du temps, et non de la conviction.
La patience est un épée à deux tranchés. D'une part, les orientations de politique de la FED ont été relativement claires : un taux directeur modérément augmenté pendant une période plus longue, avec la volonté de faire une pause si l'inflation montre des signes de ralentissement. Cependant, le langage choisi par Warsh pourrait faire pencher la balance. Une phrase aigre comme « de nouvelles hausses de taux restent appropriées » pourrait immédiatement rallumer la demande de dollars, alors qu'un ton plus doux pourrait encourager les actifs à risque et relonger le dollar dans l'ombre.
Dans le Pacifique, la Banque de Corée a surpris le marché en augmentant ses taux d’intérêt de 25 points de base, à 3,00 %, ce qui a fait grimper la won vis-à-vis tant du dollar que du yen. Cet assouplissement souligne l’engagement de la Corée à limiter l’inflation, alors que de nombreux de ses pairs régionaux maintiennent leurs taux d’intérêt ou les abaissent. Pour les traders, la forte hausse de la won rappelle que toutes les devises asiatiques ne sont pas alignées dans la même direction ; la divergence des politiques revient ainsi au centre des flux de change.
Ce qui est important pour l'ensemble du domaine FX, c'est un lent mais important changement dans le vocabulaire « risque – on / risque – off ». Le calme du dollar n'est pas un signe d'une moindre appétence au risque, mais plutôt une attente des prochaines indicateurs de politique monétaire. Si Warsh adopte une attitude cautionne, nous pourrions assister à un rapide réallocation vers le dollar, ce qui aura pour conséquence de peser sur la won, le yen et même l'euro, tant les investisseurs rechercheront des taux d'intérêt plus élevés.
Parlant de l'euro, le couple a été confronté à un tira‑lire entre le cycle d'assouplissement en cours de la BCE et le renforcement potentiel de la Fed. L'écart euro‑dollar s'élargira probablement si la Fed annonce plus de haussières, malgré les réductions des taux de la BCE. Dans ce scénario, l'euro pourrait retomber vers la bande de 1,07‑1,08, érodant les gains modestes réalisés cette année.
Mon opinion est que le marché sous-évalue le risque de décote du dollar. L'état actuel de stabilité est fragile ; un seul mot de Warsh pourrait inverser la tendance. De son côté, la vigueur de la won coréenne sera probablement de courte durée, à moins que la BoK continue à relever ses taux d'intérêt ou que l'inflation reste têtue. Les traders devraient garder un œil sur le récit concernant la divergence de politiques, et non sur le calme apparent.
En résumé, Jackson Hole sera le catalyseur qui confortera en toute discrétion la confiance dans le dollar ou la fracassera. La hausse du won est un utile indicateur de la manière dont les marchés asiatiques évaluent la divergence des politiques, mais ce sera finalement le ton de la Fed qui décidera si la devise américaine poursuivra sa modérée ascension ou reculerait dans une hausse plus générale liée au risque.












