Les marchés américains s'attendent à ce que la Réserve fédérale hausse son taux directeur cette semaine, ce qui constituerait la première augmentation depuis 2023. Les prix à terme reflètent désormais au moins trois hausses jusqu'à mars 2025, en forte contradiction avec les perspectives de mars dernier, qui prévoyaient encore une réduction des taux cette année et une autre l'année suivante.
Ce changement est lié au programme économique du président Donald Trump. Les nouveaux tarifs imposés au Canada et la perspective de droits supplémentaires sur le deuxième partenaire commercial des États-Unis aggravent la pression sur les prix, alors que la guerre en cours en Iran a maintenu le prix du pétrole brut proche de 100 dollars par baril. Les prix du diesel sont montés à 6 dollars le gallon, ce qui a entraîné une augmentation des coûts des aliments et des transports.
Les dirigeants de la Fed affirment que la combinaison des tarifs et du conflit avec l'Iran rend difficile l'explication de la récente forte hausse des prix sous la forme d'épisodes isolés de chocs liés à l'offre. Le gouverneur de la Fed de Minneapolis, Neel Kashkari, dans une dissidence récente, a averti que des chocs successifs liés à l'offre pourraient s'entérer, invitant à ne pas oublier l'expérience des années 1970, où une politique monétaire stricte a été nécessaire pour maîtriser la hausse des prix.
Kevin Warsh, le nouveau président de la Fed et nommé par Trump, a signifié dans son discours de Jackson Hole que la banque centrale aurait agi si elle n’avait pas la conviction que l’inflation sous-jacente était en baisse. La crédibilité de Warsh est désormais liée à cette décision ; lors de ses précédents témoignages devant le Congrès, il a insisté sur l’indépendance de la Fed face à la pression de la Maison Blanche, alors que le président a publiquement appelé à une baisse des taux d’intérêt.
Les analystes notent que le mandat de la FED consiste à évaluer l’impact des politiques fiscales et commerciales sur l’économie, et non pas à en juger les objectifs. Avec l’inflation toujours supérieure à la cible de 2 % de la FED et l’absence de voie claire vers des prix du pétrole en baisse ou des régimes tarifaires stables, la banque centrale est confrontée à un test de credibility. Une hausse des taux prouverait la volonté de risquer un ralentissement pour réduire l’inflation, indépendamment de la pression politique.
Si la Fed agit mercredi, elle posera un nouveau repère pour la politique monétaire sous un gouvernement Trump, qui a maintes fois remis en cause l'indépendance de la banque centrale. Le prix que la place financière attribue à plusieurs hausses suggère que les décideurs prévoient un cycle de resserrement durable pour appuyer les attentes inflationnistes.












