Les actions de Nestlé ont chuté de 1,5 % vendredi, pour s'établir à 77,17 francs, atteignant leur niveau le plus bas en trois mois et demi, après que le président russe Vladimir Poutine a ordonné à deux filiales de Nestlé, Nestlé Russia et Nestlé Kuban, de passer sous administration publique temporaire.
Les participations suisses dans les deux entités seront gérées par la société russe L.E.V. Management. Nestlé reste le propriétaire légal, mais a perdu le contrôle sur ses activités russes. La chaîne de supermarchés française Auchan a été touchée de la même façon par le décret.
Selon Bloomberg, cette opération représente la saisie la plus importante d'actifs d'entreprises étrangères par la Russie depuis au moins 2024. La Russie a justifié l'administration forcée en arguant que la Suisse et les autres pays concernés proviennent de « nations hostiles ». La Suisse s'est alignée sur les sanctions de l'Union européenne contre la Russie en 2022, au lendemain de l'invasion de l'Ukraine par Moscou.
Les recettes de Nestlé en Russie sont estimées entre 1 et 2 milliards de francs suisses, soit environ 1 à 2 % des ventes du Groupe. La valeur comptable de son activité russe s'élève à entre 1,5 et 1,7 milliards de francs suisses. La société exploite six usines en Russie et y emploie environ 7 000 personnes.
«Nous considérons ce décret comme un pas vers un changement potentiel de propriétaire», a indiqué Warren Ackerman, analyste chez Barclays, à Bloomberg. «Nestlé prendra toutes les mesures nécessaires pour protéger ses droits et assurer la poursuite de ses activités dans l’intérêt de ses employés», indique la société dans un communiqué.
Le schéma rappelle des cas précédents. La France Danone a vendu son activité en Russie en 2024 pour environ 180 millions d'euros après que les autorités l'aient placée sous administration temporaire, enregistrant une perte totale de 1,2 milliard d'euros. Carlsberg est sortie de la Russie à la fin de 2024 par un rachat par les dirigeants évalué à 320 millions de dollars. Heineken a cédé sa filiale russe pour un montant symbolique de 1 euro et enregistré une perte de 300 millions d'euros ; aucune des deux entreprises n'a connu d'impact durable sur ses cours boursiers.
Les analystes de JPMorgan avaient mis en garde fin août sur la possibilité que Nestlé perde son activité russe, estimant qu'une vente forcée avec un montant minimal pourrait réduire les bénéfices par action d'environ 3 à 4 %. Jefferies prévoyait que la dépréciation pourrait atteindre environ 1 milliard de francs suisses.
Vontobel a indiqué que l'impact sur les revenus globaux de Nestlé serait minime, mais a souligné que cette avancée était négative pour l'entendre du marché et accentuait le risque d'une dépréciation d'actifs ou d'une cession défavorable.













