Les entreprises européennes ont besoin d'une intégration plus profonde dans le marché unique afin de renforcer leur compétitivité, a déclaré Piero Cipollone, membre du Conseil d'administration de la Banque centrale européenne, dans une interview publiée lundi. Les 450 millions de consommateurs du bloc constituent une opportunité importante en termes de dimensionnement, mais les restrictions commerciales internes persistantes, notamment en ce qui concerne les biens et les services, limitent la capacité des entreprises à se développer et à réduire leurs coûts de production, a-t-il précisé.
M. Cipollone a souligné que l'élimination de ces barrières devrait avoir la priorité sur les mesures supplémentaires, car elle permettrait aux entreprises européennes d'obtenir des économies d'échelle comparables aux entreprises mondiales dans des secteurs tels que l'industrie automobile, les technologies de l'information et les finances. Les combinatoires transnationales constituent toujours une voie viable, même si les entreprises doivent définir leurs stratégies d'expansion dans le cadre du droit de la concurrence européen, a-t-il ajouté.
La demande intérieure joue également un rôle crucial dans le renforcement de la compétitivité, a souligné M. Cipollone. Bien que l’excédent des comptes courants de la zone euro laisse entendre une marge de croissance de la demande sans déséquilibres externes, le faible niveau d’investissement, en partie lié aux possibilités d’expansion limitées, constitue toujours un obstacle. Le principal mandat de la BCE, soit la stabilité des prix, soutient la stabilité macroéconomique, réduisant l’incertitude et permettant aux entreprises d’assurer un planification efficace, a-t-il affirmé.
Tenant compte des risques d'inflation liée aux hausses de coûts, Cipollone a mis en garde contre les hausses agressives de taux d'intérêt en réponse à des chocs de l'offre, tels que les flambées des prix de l'énergie, qui pourraient affaiblir encore plus la croissance. En lieu et place, la politique monétaire devrait se concentrer sur le maintien à long terme des anticipations d'inflation afin d'empêcher que la volatilité temporaire ne s'incruste dans les dynamiques générales des prix. La politique fiscale, a-t-il argumenté, est mieux adaptée pour faire face à des chocs à court terme, mais elle doit être temporaire, ciblée et éviter les effets régressifs, tout en traitant les dépendances structurelles, en particulier celles qui s'appuient sur les énergies fossiles.
La transition vers les énergies renouvelables non seulement réduira les vulnérabilités externes, mais réduira également les coûts énergétiques pour les entreprises européennes, ce qui permettra de conserver le capital dans le bloc, a-t-il déclaré. En ce qui concerne les salaires et l'inflation, Cipollone a insisté sur le fait que la croissance de la productivité, et non la répression des salaires, était la voie durable pour protéger les revenus réels. Il a averti contre les mesures qui pourraient augmenter la compétitivité au détriment des normes du travail ou de la sécurité des travailleurs.
Les systèmes d'éducation et de formation doivent s'adapter aux avancées technologiques, notamment à l'intelligence artificielle, afin d'accroître l'efficacité des forces de travail, a-t-il précisé. Si certains commentateurs ont comparé les tensions géopolitiques actuelles à l'ère de la stagflation des années 1970, Cipollone a rejeté le risque d'un tel scénario, invoquant des données économiques résilientes et des projections d'inflation sous contrôle. L'économie européenne, bien que ralentie, reste plus résiliente que prévu, avec une inflation alignée sur les prévisions de base.
S'agissant de l'euro numérique, M. Cipollone a précisé que celui-ci compléterait, et non pas remplacerait, le paiement en espèces, l'ECB ayant récemment lancé une consultation publique sur son conception. Il a reconnu les préoccupations concernant le suivi des données sur les transactions, mais n'a pas donné de précisions sur des garanties spécifiques, au-delà de la mention du rôle complémentaire de l'euro numérique.












