L'audience d'appel pour l'ancien PDG du groupe Raiffeisen, Pierin Vincenz, et le fondateur d'Aduno, Beat Stocker, s'est close mercredi à Zurich, le juge en chef Christian Prinz soulignant que la procédure avait pris fin, mais prévenant que l'énoncé du verdict prendrait des semaines.
Vincenz, qui a occupé le poste de PDG de Raiffeisen de 2008 à 2015, a clôturé son discours en moins de deux minutes, demandant l'acquittement. Il a reconnu les erreurs de gestion mais a affirmé que ses actions étaient alignées sur les intérêts de Raiffeisen et d'Aduno, niant toute intention de générer des préjudices financiers. Stocker, le fondateur d'Aduno, a reconnu des manquements en matière de gouvernance, affirmant avoir « fait 1 000 erreurs » et aurait dû divulguer ses participations de façade, qui selon lui auraient suscité des suspicions sans constituer une intention criminelle.
Cependant, le parquet a qualifié l'affaire d'un schéma d'enrichissement personnel via des transactions non déclarées. Le procureur de la République Marc Jean-Richard-dit-Bressel a rejeté les arguments de la défense comme étant « audacieux et clairement faux », notamment en ce qui concerne un prêt de 2,9 millions de francs suisses de Stocker à Vincenz. Le parquet a allégué que ce prêt était une manipulation destinée à cacher des paiements provenant d'affaires commerciales, alors que la défense le considérait comme un financement pour une villa en Ticinelle. L'équipe juridique de Raiffeisen a appuyé l'explication concernant la villa, citant des conversations téléphoniques interceptées et une correspondance du cofondateur d'Investnet, Peter Wüst.
Le principal litige porte sur la question de savoir si le manque de divulgation et les profits subséquents constituent à eux seuls une fraude ou une violation du devoir de fidélité, ou s’il faut également prouver un dommage financier prouvé. Le ministère public s’est appuyé sur le principe de rétrocession pour plaider en faveur du fait criminel, tandis que la défense a contesté l’inapplication de ce concept. Cette querelle juridique est apparue dans les dernières plaidoiries de Stéphane Barbier-Mueller, dont l’avocat Nathan Landshut a affirmé que la simple négligence – comme « aurait dû le savoir » – était insuffisante pour établir la complicité criminelle.
Raiffeisen et Viseca, successeur d'Aduno, poursuivent des réclamations d'un montant de plusieurs millions de francs, alors que les défendeurs et leurs équipes juridiques tentent de régulariser les avoirs gelés, dont les économies des fonds de pension et les revenus immobiliers. Le conseil de M. Vincenz, Lorenz Erni, a fait valoir que l'acquisition de Commtrain par Aduno avait apporté une valeur équivalente, affirmant que «l'absence de préjudice signifie l'absence de fraude». La défense de M. Stocker, conduite par Andreas Blattmann, a fait la distinction entre les manquements en matière de gouvernance et la responsabilité pénale, insistant sur l'absence d'intention de s'enrichir illégalement.
Les spécialistes du droit s attendaient à ce que la cour d'appel de Zurich réduise considérablement les peines prononcées en première instance, 3 ans et 9 mois pour Vincenz et 4 ans pour Stocker, en attendant la décision de la cour sur la frontière entre les comportements commerciaux non éthiques et les activités criminelles.



