Les traders prennent de plus en plus en compte un resserrement prolongé de l'offre énergétique alors que la tension sur les marchés physiques de produits raffinés et de gaz naturel liquéfié (GNL) s'intensifie, malgré les prix élevés des produits dérivés du brut. Les flux dans le détroit d'Ormuz, un point stratégique majeur pour les exportations de pétrole et de gaz, sont tombés à environ 11 % des niveaux d'avant la guerre, selon les données de suivi des cargaisons de Suez Marine Traffic, citées par le journal Reuters.
Le diesel et les autres produits raffinés sont ceux qui subissent les plus fortes pressions, les spreads du baril et les prix pour les consommateurs augmentant de manière dramatique. L'Agence internationale de l'énergie (AIE) préfigure désormais une baisse de l'offre mondiale de pétrole de 4,3 millions de barils par jour (b/j) en 2025, ce qui constitue une révision à la baisse par rapport à sa prévision précédente d'un recul de 3,7 millions de b/j. Cela se traduirait par un manque d'approvisionnement de 1,27 million de b/j, gonflant ainsi la crise énergétique dans la mesure où le conflit au Moyen-Orient persiste.
La tension du marché physique contraste avec la stabilité relative des contrats futures de brut, qui restent élevés, autour de 91 dollars le baril pour le Brent. Les analystes, dont Jeff Currie de Goldman Sachs, ont souligné cette absence de concordance, notant que les benchmarks du brut ne reflètent pas pleinement les contraintes d'approvisionnement physiques qui affectent les carburants et les produits pétrochimiques que les utilisateurs finales consomment réellement. Les exportations de pétrole de l'Iran par exemple sont tombées à 294 000 bpj depuis août, contre 1,7 million bpj l'an dernier, tandis que les exportations totales du Moyen-Orient ontrégulièrement 9,5 millions de bpj ce mois-ci, contre 21 millions de bpj en 2025, selon les données de Kpler.
La perturbation prolongée a contraint les producteurs régionaux à rediriger leurs exportations, l'Arabie saoudite ayant réorienté ses livraisons et les Émirats arabes unis ayant renforcé leurs propres capacités. Toutefois, la récente accusation émise par les Émirats arabes unis selon laquelle l'Iran a lancé des missiles balistiques sur son territoire souligne les risques croissants lesquels sont exposés les tankers transitant au détroit d'Hormuz. Les tankers ADNOC sont régulièrement ciblées par des frappes iraniennes, et les nouveaux pipelines prévus pour contourner le détroit ne pourront être achevés avant plusieurs années.
Les États-Unis et l’Iran semblent résolus à endurer la souffrance économique du conflit, sans signe imminent d’une détente. Tant que l’une des deux parties ne renoncera pas, le resserrement de l’offre de pétrole et de GNL devrait se poursuivre, augmentant la tension sur les marchés des produits raffinés et poussant les spreads du craqueur à la hausse. La prévision révisée de l’offre de l’AIE laisse croire que le déficit pourrait persister, ce qui aura des conséquences plus globales sur l’économie, car les coûts de l’énergie entretiennent des pressions inflationnistes plus générales.













